Sommeil et performance sportive : l’alliance invisible des athlètes d’endurance

Le sommeil des athlètes : un facteur clé de performance

Le sommeil n’est pas seulement un moment de repos : c’est un véritable outil de récupération et d’optimisation de la performance. Chez les sportifs d’endurance comme les marathoniens ou les triathlètes, un sommeil insuffisant entraîne une baisse de la force, de la vitesse et de l’endurance.

Les études montrent que dormir moins de 7 heures par nuit augmente de 70 % le risque de blessure musculo-squelettique et réduit la capacité de récupération après l’entraînement (rygielski 2024). À l’inverse, rallonger son temps de sommeil de 45 à 90 minutes améliore significativement les performances physiques et cognitives (Bonnar 2018).

Les effets du manque de sommeil sur la performance sportive

Une privation totale de sommeil provoque des effets immédiats : baisse des réflexes, diminution de la force musculaire et altération de la concentration (Walsh 2020).
Mais la réalité des sportifs est souvent une privation partielle (coucher tard, réveil tôt, sommeil fragmenté). Dans ce cas, certaines qualités comme la puissance brute résistent, mais les habiletés techniques, l’endurance et la prise de décision en course sont rapidement impactées (Walsh 2020).

!!! Même une courte dette de sommeil peut compromettre une compétition. !!!

Sieste et extension du sommeil : les meilleures stratégies validées

Les siestes sportives sont un levier efficace.

    • 20 à 30 minutes : gain de vigilance, amélioration de la vitesse et des réflexes.
    • 60 à 90 minutes : restauration complète des performances après une nuit écourtée, mais attention à l’inertie au réveil (Cunha 2023).
      Autre stratégie qui marche : l’
      extension du sommeil. En allongeant volontairement le temps de sommeil avant une épreuve, les athlètes améliorent leurs temps et leur précision technique(Walsh 2020). C’est ce qu’on appelle le sleep banking ou « banque de sommeil ».

Hygiène du sommeil : les bases à ne pas négliger

Avant de recourir à des techniques avancées, il faut optimiser son hygiène du sommeil :

    • Se coucher et se lever à horaires réguliers.
    • Maintenir une chambre sombre et fraîche (17–20 °C).
    • Éviter les écrans et la lumière bleue au moins une heure avant le coucher.
    • Utiliser des techniques de relaxation (respiration, méditation, visualisation). Ces habitudes simples améliorent à la fois la quantité et la qualité du sommeil (Walsh 2020).

Caféine et performance sportive : alliée ou ennemie ?

La caféine est l’un des produits les plus utilisés dans le sport. Une méta-analyse récente portant sur 21 essais randomisés a montré qu’une dose de 3 à 6 mg/kg une heure avant l’effort améliore le temps jusqu’à l’épuisement et réduit légèrement le temps de course (Wang 2022). Des chercheurs ont également montré que chez des coureurs privés de sommeil, la caféine permet de maintenir la performance sur 10 km (Juliana 2017). Prise le soir, la caféine dégrade le sommeil et peut nuire à la récupération. Bref, utilisez la caféine en stratégie ponctuelle (course matinale, dette de sommeil), mais pas en substitut au sommeil.

 !!! Des doses trop élevées (> 6 mg/kg) n’apportent pas plus de bénéfices et augmentent les risques (insomnie, nervosité, troubles digestifs). !!!

 

Sommeil, récupération et blessures : un trio indissociable

Le sommeil conditionne la récupération musculaire et la prévention des blessures. Une restriction chronique perturbe l’équilibre hormonal, augmente le risque de surmenage et fragilise le système immunitaire (rygielski 2024). Les athlètes dormant moins de 7 heures présentent un taux de blessure plus élevé. À l’inverse, plus de 8 heures de sommeil réduisent le risque de blessure de 61 % (rygielski 2024).

Conseils pratiques pour les sportifs d’endurance

  • Dormir8–9hparnuit,etviser9–10henpériodedecompétition.
  • Faire une sieste de 20–30 min après une mauvaise nuit ou avant une course.
  • Préparer son sommeil : lumière naturelle le matin, obscurité et calme le soir. Il est recommandé d’éviter les stimulations cognitives (avec ou sans écrans).
  • « Banker » du sommeil : allonger son temps de repos les jours précédant une compétition. On conseille alors de se mettre au lit plus tôt ou de rester au lit plus tard.
  • Tester la caféine à l’entraînement avant de l’utiliser en compétition.
  • Surveiller ses signaux : irritabilité, fatigue persistante, blessures récurrentes =dette de sommeil.
    Dormir est une séance d’entrainement à part entière !

    Références

    • Bonnar, D., Bartel, K., Kakoschke, N., & Lang, C. (2018). Sleep Interventions Designed to Improve Athletic Performance and Recovery: A Systematic Review of Current Approaches. Sports Medicine, 48(3), 683–703. https://doi.org/10.1007/s40279-017-0832-x 
    • Cunha,L.A.,Costa,J.A.,Marques,E.A.,Brito,J.,Lastella,M.,&Figueiredo,P.(2023).TheImpact of Sleep Interventions on Athletic Performance: A Systematic Review. Sports Medicine – Open, 9(58). https://doi.org/10.1186/s40798-023-00599-z
    • Juliana,M.,&Rafaella-Maria,S.(2017).DoesCaffeineEnhanceAthleticPerformance?ArabJournal of Nutrition and Exercise, 1(1), 52–62. https://doi.org/10.18502/ajne.v1i1.1223
    • Rygielski,A.,Melnyk,B.,Latour,E.,Latour,M.,Judek,R.,Kowalczyk,Z.,Stanek,A.,&Płudowska, K. (2024). The Impact of Sleep on Athletes Performance and Injury Risk: A Narrative Review. Quality in Sport, 19, 54333. https://doi.org/10.12775/QS.2024.19.54333
    • Walsh,N.P.,Halson,S.L.,Sargent,C.,Roach,G.D.,Nédélec,M.,Gupta,L.,…&Samuels,C.H. (2021). Sleep and the athlete: narrative review and 2021 expert consensus recommendations. British Journal of Sports Medicine, 55, 356–368. https://doi.org/10.1136/bjsports-2020-102025
    • Wang,Z.,Qiu,B.,Gao,J.,&DelCoso,J.(2023).EffectsofCaffeineIntakeonEnduranceRunning Performance and Time to Exhaustion: A Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients, 15(148). https://doi.org/10.3390/nu15010148

        Le sommeil et la performance sportive

        écrit par Ahn Phong Nguyen – octobre 2025  Télécharger le pdf