Super-spikes à plaque carbone :
révolution pour les athlètes de piste ou simple effet de mode ?
Depuis quelques années, les super-shoes, les chaussures équipées d’une mousse hautement réactive et d’une plaque rigide en carbone, ont bouleversé l’athlétisme et la course à pied. Après avoir transformé la course sur route grâce aux fameuses plaque carbone, ces innovations se sont progressivement imposées sur la piste.
Est ce que ça marche ? Quels gains réels attendre pour un sprinteur, un coureur de 1500 m ou un triathlète qui s’entraîne sur piste ? Et quid des blessures, y a-t-il un risque ?
Les différents types de chaussures en athlétisme
C’est quoi une super-spike/shoe ?
Tout d’abord il y a les pointes traditionnelles. Elles sont composés de semelle très fine et rigide, quasiment sans mousse. Légèreté maximale et excellent contact avec la piste, mais peu d’amorti. Historiquement utilisées par la majorité des sprinteurs et demi-fondeurs jusqu’aux années 2010.
Ensuite il y a les spikes à “mousse seule” : intégration de mousses plus légères et réactives dans la semelle, sans plaque rigide. Son but est d’apporter plus de confort et une économie de course améliorée, tout en gardant de la flexibilité.
On a aussi les Super-spikes (AFT : Advanced Footwear Technology) qui sont une combinaison d’une mousse hautement compressible et élastique (souvent PEBA) avec une plaque incurvée (carbone ou composite). Cette synergie modifie la biomécanique et améliore la performance. Elle a une semelle plus épaisse que les spikes traditionnelles mais limitée à 25 mm par World Athletics.
Et enfin, on a des supershoes (route) : cousines des super-spikes, avec une semelle jusqu’à 40 mm, renforçant l’effet “retour d’énergie”. Elles sont autorisées sur route, mais interdites sur piste.
Des performances mesurées, mais variables selon la distance
Demi-fond et fond : un gain réel mais modeste
Pour le demi-fond et le fond, on peut observer un avantage de 0,7 à 2,4 % avec des super-spikes, selon la distance et le profil de l’athlète.
Par exemple, sur des répétitions de 200 m à allure 800 m : les athlètes courraient de 1 à 2,4 % plus vite avec super-spikes qu’avec des pointes traditionnelles [1].
Sur un 3000 m, l’ajout d’une plaque carbone → gain moyen de 0,74 %, mais attention, on a observé beaucoup de différences entre les athlètes. C’est à dire que si certains s’amélioraient avec une supershoes, d’autres se détérioraient [2] !
En laboratoire, à allure 5 km , environs 16 km/h, les superspikes ont réduit le coût énergétique par rapport à des spikes standards. Gain toutefois plus modeste que sur route, en raison de l’épaisseur de la semelle, moins épaisse [3].
Si on analyse le Top-100 mondial ( de 1500–10 000 m) : on peut observer que les chronos semblent s’améliorés depuis l’introduction des super-spikes, surtout chez les femmes [4]. Attention que d’autres explications justifient l’amélioration des performances … Et heureusement !
Sprint : avantage en accélération, moins net à vitesse max
Chez les sprinteurs, résultats contrastés.
Sur 30 m lancé, les sprinteurs pouvaient gagner +1,3 % de gain en phase d’accélération avec des super-spkies [5]. A l’inverse, le fait de juste changer la rigidité de la semelle ne semble pas avoir d’effet [6]. Et les spikes à plaque carbone ou des classiques ne changent pas la façon de courir ni les performances d’un 50 m lancé à vitesse max [7].
Et les blessures ?
On a pas encore beaucoup de recul, mais on sait que en sprint, les supers-spikes augmentent les forces de contact à la cheville et le stress sur le tendon d’achille [9]. On a aussi plus de pressions plantaires, avec un déplacement de charge chez les coureurs de 5 km [10]. Bref, ceci engendre une augmentation des blessures du pied chez les athlètes utilisant des chaussures à plaque carbone (surtout route) [11] … mais on est pas encore sur à 100%.
En Bref:Si tu changes de chaussures, assure toi qu’elle soit confortables dès l’essayage en magasin, c’est le pied qui s’adapte à la chaussure … pas l’inverse ! En plus le pied à tendance à gonfler pendant l’entrainement ou la compétition … il faut donc être à l’aise.En plus, si tu ressens des gènes durant l’entrainement après avoir changer de chaussure, indique le bien à l’entrainement ou ton staff médical ! |
Références
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Rodrigo-Carranza V., et al. Influence of Advanced Footwear Technology Spikes on Middle- and Long-Distance Running Performance Measures in Trained Runners. bioRxiv, 2024.
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Nummela A., et al. Flexural Stiffness Effects on 3000 m Performance in Track Spikes. Scand J Med Sci Sports, 2024.
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Hoogkamer W., et al. Effects of Shoe Bending Stiffness on Middle-Distance Running Economy. J Appl Physiol, 2022.
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Vitti A., et al. Sex-Specific Benefits of AFT Spikes in Top Performances (1500–10,000 m). Eur J Sport Sci, 2023.
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Bernuz B., et al. Effect of Advanced Footwear Technology Spikes on Sprint Acceleration: A Multiple N-of-1 Trial. Sports Med Open, 2024.
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Willwacher S., et al. Influence of Sole Bending Stiffness on Sprint Performance. J Sports Biomech, 2020.
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von Lieres B., et al. Profile of 50 m Sprinting: The Influence of Carbon-Plated Spikes on Maximum-Velocity Performance. Footwear Sci, 2023.
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Hanley B., et al. Surface-Specific Responses to Advanced Footwear Technology in Track Running. Eur J Sport Sci, 2023.
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Gerlach M., et al. Effect of Advanced Footwear Technology Spikes on Lower Limb Kinetics and Sprint Performance. Footwear Sci, 2025.
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Sinclair J., et al. Biomechanical Comparison of AFT vs Traditional Spikes in Female Distance Runners. Footwear Sci, 2022.
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Wright J., et al. Case Reports of Navicular Stress Fractures in Carbon-Plated Footwear. Br J Sports Med, 2021.
Super-Spikes à plaques de carbones
écrit par Anh Phong Nguyen – Novembre 2025 Télécharger le pdf

