Syndrome de la bandelette iliotibiale : que faire vraiment contre cette douleur au genou ?
Vous courez depuis quelques kilomètres quand ça commence : une douleur vive, comme une brûlure, sur le côté extérieur du genou. Elle disparaît dès que vous vous arrêtez, puis revient à peu près à la même distance la fois suivante. Les descentes l’aggravent. Les escaliers aussi.
Ce scénario est la signature du syndrome de la bandelette iliotibiale (SBIT), aussi appelé syndrome de l’essuie-glace. C’est l’une des blessures les plus fréquentes chez le coureur et la première cause de douleur sur la face externe du genou.¹ La bonne nouvelle : ça se soigne. La moins bonne : une grande partie des conseils habituels repose sur des preuves étonnamment fragiles. Voici ce qui vaut vraiment la peine d’être fait.
Qu’est-ce que la bandelette, et pourquoi ça fait mal ?
La bandelette iliotibiale est une épaisse bande de tissu conjonctif qui descend le long de l’extérieur de la cuisse, de la hanche jusqu’en dessous du genou. Ce n’est pas un muscle que l’on peut « détendre », et elle ne travaille pas seule : elle se connecte en haut aux fessiers et en bas aux structures du genou.
Pendant longtemps, l’explication était simple : la bandelette frotterait sur une bosse osseuse à l’extérieur du genou, et cette friction l’irriterait, d’ou le nom populaire: essui-glace.² Mais une autre théorie, aujourd’hui largement admise, affirme que rien ne glisse. Un petit coussinet de tissu, riche en nerfs et en vaisseaux, se trouve sous la bandelette et se retrouve comprimé contre l’os, surtout autour de 30° de flexion du genou.³,⁴ C’est à peu près l’angle atteint lors de l’attaque du pied au sol.
Pourquoi est-ce important ? Parce que si le problème est une compression plutôt qu’une friction, étirer ou masser énergiquement la bandelette (la tendre davantage contre l’endroit déjà écrasé) risque de ne pas aider.
Pour être plus précis, lorsque le syndrome de la bandelette arrive, cela provoque un gonflement du coussinet entre la bandelette et l’os du fémur, ce gonflement exacerbe la pression à chaque pas et renforce l’inflammation.³
Note: Le syndrome de la bandelette iliotibiale est une pathologie sportive par excellence, elle ne survient que lorsque vous pratiquez un activité qui engendre des mouvements de flexion/extension de genou répété et stéréotypé. Par exemple lors de randonnée, course à pied ou cyclisme.
La vérité qui dérange sur les conseils habituels
Étirez la bandelette. Passez le rouleau. Renforcez vos fessiers. Vous avez sans doute entendu ces trois conseils énoncés avec la plus grande assurance.
Une revue de 2023 a analysé 98 études sur le traitement non chirurgical du SBIT, sur plus de 40 ans.⁵ Le constat donne à réfléchir : seules 32 portaient sur de vrais patients, et à peine 8 étaient des essais contrôlés randomisés (le seul type d’étude qui teste réellement l’efficacité d’un traitement). Chacun de ces essais présentait un risque de biais notable. Le reste n’était que revues et avis d’experts se recommandant les mêmes choses.
L’étirement en est l’exemple le plus clair : présent dans la plupart des articles de revue, il n’a été étudié que dans une minorité d’essais, jamais face à un vrai groupe contrôle et certaines données suggèrent qu’il n’améliore rien.⁵,⁶ Le conseil le plus répété est parmi les moins testés. Cela ne veut pas dire que rien ne marche : mais qu’il ne faut pas croire n’importe quoi.
Ce qu’on peut raisonnablement dire des causes
La tentation est de tout mettre sur un seul facteur: fessiers faibles, bandelette « tendue », genou qui rentre. La réalité est plus nuancée : quand les chercheurs ont évalué ces suspects biomécaniques, la plupart ressortent avec des preuves incohérentes ou contradictoires. Aucun défaut isolé n’explique le SBIT de façon fiable.⁷
Ce qui tient mieux la route, c’est la charge d’entraînement. La blessure apparaît souvent quand la course devient soudainement plus longue ou plus vallonnée, surtout chez le coureur débutant qui augmente son volume hebdomadaire.⁷ La bonne nouvelle : la charge se contrôle facilement.
Une prise en charge en deux temps
L’approche la plus cohérente sépare la récupération en deux phases, selon une seule question : votre quotidien est-il douloureux ?⁸
Phase 1 — Protection.
Vous y êtes si les activités quotidiennes font mal, ou si vous ne tenez pas plus de cinq minutes de course. L’objectif n’est pas de forcer, mais de calmer l’irritation : repos relatif et réduction de ce qui provoque la douleur. Super avantage: il suffit de ne pas courir. Durant cette phase, il est pertinent de faire du renforcement (même si cela ne guérira pas plus vite). Dans des cas très précis et indiqué par un médecin ou un kiné du sport, les anti-inflammatoires ou, parfois, une infiltration de corticoïdes aident sur les symptômes à court terme.⁹
Phase 2 — reconstruire et adapter le genou.
Une fois le quotidien indolore, le travail vise à vous ramener à votre sport sans rechute. Le renforcement est toujours pertinent mais le meilleur médicament est la reprise de course (sans douleur !)⁸,¹⁰
Reprendre la course intelligemment
Lorsque la bandelette est présente, ce qui provoque la douleur, c’est le gonflement du coussinet. Dès lors, il est interdit de courir dans la douleur au risque de reprovoquer un gonflement et une inflammation. La règle est donc simple. Reprise de course à pied SANS DOULEUR.
Une reprise raisonnée ressemble à ceci :
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- La course sans aucune douleur est la règle d’entrée: pas « un peu, ça va ».
- Courez plus souvent, pas plus longtemps. Des sorties courtes et fréquentes (minimum 3x/semaine, idéalement plus)
- Intégrer des intervalles pour interrompre une course stéréotypé, par exemple, courir et marcher, ou courir lentement et courir vite.
- Évitez les descentes au début. Ce sont elles qui sollicitent le plus la blessure.
- Variez le terrain, sentiers, virages et changements de direction plutôt que la même boucle plate. Le fait de changer d’appui permet de ne pas irrité le coussinet (un joueur de foot ne se fait jamais de syndrome de bandelette sur le terrain).
- Ajustez votre foulée si besoin, par exemple, en augmentant la cadence de pas de 10%.
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À retenir
Le syndrome de la bandelette iliotibiale est fréquent, se soigne, et est mal expliqué un peu partout. Méfiez-vous en douceur de quiconque promet une solution miracle. Apaisez la douleur, respectez les deux temps, et rebâtissez votre charge de course avec patience : c’est le plan le mieux soutenu par ce que l’on sait réellement. En cas de doute, n’hésitez pas à consulter un professionnel de la santé spécialisé !
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Le Syndrome de la Bandelette Illiotibiale
écrit par Ahn Phong, kinésithérapeute au Centre FykiSport – juillet 2026 Télécharger le pdf


