Ce que les sensations pendant le Weight-Bearing Lunge Test nous apprennent sur l’instabilité chronique de cheville

 

Le Weight-Bearing Lunge Test, ou WBLT, est un test largement utilisé pour évaluer la mobilité en dorsiflexion de cheville. En pratique clinique, on mesure souvent une distance : jusqu’où le genou peut avancer vers le mur tout en gardant le talon au sol.

Mais une question reste souvent sous-exploitée : que ressent réellement le patient pendant ce test ?

Dans notre nouvel article publié dans le Journal of Sport Rehabilitation, nous avons voulu aller au-delà de la mesure quantitative classique. Notre objectif était d’explorer les sensations rapportées pendant le WBLT chez trois profils différents : des sujets sains, des personnes ayant bien récupéré après une entorse de cheville — les copers — et des personnes présentant une instabilité chronique de cheville.

Pourquoi s’intéresser aux sensations pendant le WBLT ?

 

Après une entorse latérale de cheville, certaines personnes récupèrent complètement, tandis que d’autres développent des symptômes persistants : douleur, sensation d’instabilité, récidives ou diminution de mobilité.

Le WBLT est déjà recommandé pour évaluer la dorsiflexion de cheville, mais la distance mesurée ne raconte pas toute l’histoire. Deux patients peuvent obtenir une distance similaire, tout en décrivant des sensations très différentes : étirement postérieur, douleur antérieure, blocage, gêne latérale, sensation d’instabilité, etc.

Ces informations qualitatives peuvent aider le clinicien à mieux comprendre ce qui limite le mouvement et à orienter la rééducation.

Ce que nous avons étudié

 

Nous avons inclus 147 adultes, répartis en trois groupes :

  • des sujets contrôles sans antécédent d’entorse ;
  • des copers, c’est-à-dire des personnes ayant eu une entorse mais ayant récupéré sans instabilité résiduelle ;
  • des personnes présentant une instabilité chronique de cheville.

Chaque participant a réalisé le WBLT. En plus de la mesure classique de dorsiflexion, nous avons demandé aux participants de décrire précisément ce qu’ils ressentaient pendant le test : le type de sensation et sa localisation.

Ces sensations ont ensuite été codées par deux évaluateurs indépendants, puis regroupées par type — par exemple douleur, étirement, compression, gêne — et par localisation anatomique.

Les principaux résultats

 

La sensation la plus fréquente dans les trois groupes était l’étirement, rapporté par environ trois quarts des participants. Les localisations les plus fréquentes concernaient surtout la partie postérieure de la jambe et de la cheville, notamment le tendon d’Achille et le triceps sural, ainsi que la partie antérieure de la cheville.

Mais deux résultats ressortent particulièrement chez les participants avec instabilité chronique de cheville.

Premièrement, ils rapportaient plus souvent de la douleur pendant le WBLT que les sujets contrôles. Deuxièmement, ils décrivaient plus fréquemment des sensations du côté latéral de la jambe ou de la cheville.

Ces différences suggèrent que l’historique d’entorse ne modifie pas uniquement la quantité de dorsiflexion disponible. Elle peut aussi modifier la manière dont le mouvement est ressenti.

Ce que cela change en pratique clinique

 

En clinique, le WBLT ne devrait pas se limiter à une distance en centimètres. Demander au patient ce qu’il ressent, et où il le ressent, peut apporter une information complémentaire importante.

Par exemple :

  • un étirement postérieur peut orienter vers une limitation liée aux structures postérieures, comme le triceps sural ou le tendon d’Achille ;
  • une douleur ou une gêne latérale chez un patient avec instabilité chronique peut inviter à explorer plus précisément les structures latérales de cheville, telles que l’articulation tibiofibulaire distale ou le long fibulaire ;
  • une sensation de blocage antérieur couplée à un Posterior Talar Glide Test positif peut suggérer la nécessité d’une évaluation articulaire plus ciblée.

Cette approche ne remplace pas l’examen clinique complet. Elle l’enrichit.

Le message clé

 

Notre étude montre que les sensations rapportées pendant le WBLT peuvent révéler des différences entre les profils de patients, notamment chez les personnes présentant une instabilité chronique de cheville.

Autrement dit, pendant le WBLT, il ne faut pas seulement demander : “Combien ?”

Il faut aussi demander : “Qu’est-ce que vous ressentez, et où ?”

Cette simple question peut aider à mieux individualiser la prise en charge après entorse de cheville et à mieux comprendre les déficits qui ne sont pas toujours visibles dans une mesure quantitative classique.